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Un jour, un âne curieusement chargé, que personne ne connaissait, vint jusqu’à la porte du monastère d’Entremont. Il devait être fort tard, car il ne fut dérangé par personne et le moine chargé de la surveillance de la porte dormait du sommeil du juste, sans même entendre les coups de sabot de l’âne contre la porte. Porte qui finit par céder sous les assauts impatients et répétés.

Lorsque le portier, réveillé par le bruit, daigna venir vers la porte, il vit qu’un âne curieusement chargé se rendait vers la chapelle.

Le débrouillard mulet y entra et alla directement au fond du sanctuaire. Là, apparemment sans l’aide de personne, il déposa son fardeau, effectua même une génuflexion du plus bel effet et pris le chemin du retour. Il patienta un cours instant, jusqu’à ce que le moine portier,incrédule, consente à lui ouvrir la porte, et disparut vers les montagnes, ne laissant derrière lui qu’un fer détaché du sabot utilisé pour défoncer la porte. Ce fer, qui fut d’ailleurs accroché à la porte de la chapelle d’origine, disparu au cours des différents remaniements du bâtiment…

Le fardeau déposé fut rapidement identifié : il s’agissait de la châsse de Sainte-Colombe. On ne sait rien du début de l’histoire, ni d’où venait l’âne… Peut-être de Rome disent certaines sources…, ni qui l’avait chargé ainsi…, ni où il est reparti…

On ne sait rien, et pourtant une chose est sûre, c’est que Sainte-Colombe venait de trouver un nouveau logis.

Cela pourrait n’être qu’une gentille légende… Seulement voilà… La châsse de Sainte-Colombe est réellement là à Entremont et, sauf témoignage contraire, c’est bien là la façon dont elle est arrivée…

Raconte-moi l’histoire de l’hippocampe du torrent du Borne !

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Certaines régions, pour raisonner les petits enfants désobéissants, possèdent leurs propres monstres de légende, issus des esprits craintifs du moyen-âge. A Entremont nous avons… les hippocampes !

Il y a fort longtemps à Entremont, on racontait aux enfants que des hippocampes hantaient les eaux du Borne été comme hiver.

Ces animaux monstrueux, à la tête de cheval et à la queue de poisson, vivaient parmi les truites et les alevins. Au printemps, ils profitaient des eaux de la débâcle qui grossissait la rivière pour s’étourdir dans les remous forgés par les pierres dévalant les montagnes et par les troncs que les crues des premières pluies de l’année arrachaient.

Les eaux du Bornes étaient alors très dangereuses et le passage des étroits devenait un piège mortel pour qui s’aventurait à pied sur les rives.

Aussi, pour faire peur aux enfants et leur ôter l’envie d’emprunter l’ancien et périlleux sentier des étroits, les parents leur assuraient que les hippocampes du Borne les happeraient par les pieds et les noieraient dans les remous pour les dévorer !

Peut-être est-ce pour cela qu’une autre route fut creusée, bien plus tard, sur la rive opposée et beaucoup plus haute que l’antique passage…

 

Il y fort longtemps à Entremont, le monde des hommes et celui des fées vivaient en bonne entente. Il y avait déjà, en cette époque harmonieuse, des troupeaux de chèvres et de vaches qui parsemaient les champs et, quand arrivaient les beaux jours, emmontagnaient pour brouter l’herbe tendre du plateau des Auges.

 

Le plateau des Auges était grand et les troupeaux s’éparpillaient à l’aise pour tout l’été, mais les bergers regardaient avec envie le plateau inaccessible des Traversiers, de l’autre côté de la petite vallée de l’Overan : avec autant de bonne herbe nouvelle, les vaches donneraient un lait exceptionnel et les cabris seraient bien forts !  Il était certain que pour pouvoir l’atteindre, il aurait fallu un pont entre le plateau des Auges et celui-là… Mais c’était impossible !

Les fées, qui savent tout, décidèrent d’aider les bergers à passer de l’autre côté et, frappant trois fois leurs bâtons magiques sur le sol du plateau des Auges, elles firent apparaître un pont qui reliait les deux montagnes ! Les bergers et leurs troupeaux profitèrent ainsi des années et des années des avantages des deux plateaux, les fées frappant le sol à chaque fois qu’il était nécessaire de passer d’un plateau à l’autre, pour faire apparaître le pont… et le faire disparaître aussitôt.

Jusqu’au jour où des plaisantins s’amusèrent à faire une farce aux fées : ils remplirent la marmite de soupe des fées d’une pelletée d’excréments de chèvre pour faire croire à des champignons… Les fées, furieuses et vexées, disparurent dès ce jour de la vallée d’Entremont et personnes ne les revit ! Plus de pont pour les troupeaux d’Entremont !

On dit aussi que la construction de ce pont fut entreprise par les fées des Auges et les nains des Traversiers, pour se rendre visite plus facilement, du temps où aucun homme ne s’était installé dans la vallée. Cette histoire merveilleuse se termine sur la même farce : un sacripant versa des excréments d’animaux dans les dernières brouettes de ciment, réduisant à néant l’ouvrage des fées et des nains.

Mais pour nous rappeler cette légende, les fées des Auges et les nains des traversiers tendent quelquefois un arc-en-ciel entre les deux plateaux, au-dessus du Col de la Buffaz…