Inscrite au titre du patrimoine remarquable de la commune, la chapelle de la Rivière a fait l’objet de travaux visant à la préserver. Cette restauration prouve l’intérêt collectif porté à ce qui fait la richesse du territoire.
Située en surplomb de la route départementale à la sortie d’Entremont direction le Grand-Bornand, la chapelle de la Rivière ne dévoile pas tout d’elle-même au premier regard un peu trop furtif. Sauf à identifier d’emblée le clocher, on pourrait même laisser penser à un tout autre édifice, comme on en voit beaucoup dans nos montagnes. Mais ses extérieurs, sa couverture bien particulière sont une invitation à la contourner pour la saisir dans tout ce qui fait sa beauté architecturale.
Vendredi 18 septembre, lors de l’inauguration des travaux réalisés dernièrement, les propos du maire Mickaël Maistre, n’avaient rien de présomptueux : « Nous avons la chance d’être rassemblés pour fêter la restauration d’un trésor d’Entremont. » C’était aussi l’épilogue d’un projet au long cours, initié en 2021 par Christiane Périllat et laissé au point mort avant d’être relancé par la nouvelle équipe municipale, dont Isabelle Charre et Jérémy Besneau, respectivement adjoints au tourisme, au patrimoine, travaux et bâtiments. Sans oublier l’investissement de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine d’Entremont dont la présidente Yolande Thabuis n’a pas hésité à faire appel à la Mission patrimoine portée par Stéphane Bern, lequel ne sera pas resté sourd. Un dossier d’autant plus complexe qu’il nécessitait d’être conclu dans les plus brefs délais pour percevoir les subventions annoncées. Sur ce point, la commune a pu compter sur ses artisans locaux, Gaëtan Tersia (G.T charpente), Sylvain Hubert et Olivier Payen « qui ont opéré en un temps record et avec une grande coordination, soulignait le maire. […] Cette réussite est le fruit d’un travail d’équipe remarquable. »
Un toit dit à la « Philibert de l’Orme »
Construit en 1850, l’édifice est dédié à la Visitation de la Sainte Vierge. L’intérieur donne à voir un magnifique tableau au-dessus du Maître Hôtel : restauré en 1999, il représente Marie, sa cousine Élisabeth et son époux Zacharie, ainsi que Joseph et un ange. Ce ne sont pas les premiers travaux dont la chapelle a bénéficié au cours des années. En 1926, elle a déjà fait l’objet de réparations ; en 1995 c’est la toiture qui a été refaite et mérite qu’on s’y attarde. Les ardoises ont disparu au profit d’une couverture en cuivre mais c’est surtout la forme du toit qui retient l’attention. Un toit en carène dit à la « Philibert de l’Orme » ou toit en coque de bateau renversé, dont la forme galbée rappelle la partie immergée d’une coque de navire placée à l’envers. Grand architecte de la Renaissance, Philibert de l’Orme, en est l’inventeur, né à Lyon en 1514 et mort à Paris en 1570.
Le chantier de ces derniers mois visait à remettre en état les abat-sons [NDLR : lames inclinées dans les clochers qui laissent passer le son de la cloche] qui engendraient des fuites dans le clocher. À l’intérieur, il a fallu remédier à des décollements de peinture. Dans le même temps, une fenêtre latérale a été percée. D’autres travaux de restauration (le retable autel, le sol en carrelage) restent à venir, projetés mais différés.
L’opération s’est chiffrée à 25 000 € et les aides obtenues à 17 000 € entre la Région, le Département, la Fondation du patrimoine (qui était représentée par le délégué territorial Serge Costa), la commission d’art sacré et des donateurs (9 000 €).
La chapelle de la Rivière mérite le détour. Croyant ou non, personne ne restera indifférent à la beauté inspirante qui s’en dégage. « On a le droit de ne pas partager la foi de nos ancêtres, tout en éprouvant le désir de protéger ce joyau à tout prix. Ce patrimoine est notre bien commun ; c’est le miroir de notre histoire locale […] », a déclaré Mickaël Maistre.
le 20 sept. 2026 à 14:28 Fabienne Boisier (Le Dauphiné Libéré)